La croix
Jésus
commença de montrer à ses disciples qu'il lui fallait
s'en aller à Jérusalem, y souffrir beaucoup de la part
des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué
et, le troisième jour, ressusciter. Pierre, le tirant à
lui, se mit à le morigéner en disant : "Dieu t'en
préserve, Seigneur ! Non, cela ne t'arrivera point !"
Mais lui, se retournant, dit à Pierre : "Passe derrière
moi, Satan ! tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas
celles de Dieu, mais celles des hommes !" (Matthieu
16, 21-23)
Tes
pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes...
Ce clivage, cette opposition abrupte entre les pensées de Dieu
et les pensées des hommes fait très
mal...
Alors
Jésus dit à ses disciples : "Si quelqu'un veut
venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se
charge de sa croix, et qu'il me suive." (Matthieu
16, 24)
La
réconciliation de l'humain et du divin passa à travers
un écartèlement de l'esprit, du corps et de l'âme...
Nous l'expérimentons inlassablement et de mille manières...
Paradoxalement
c'est une violence qui réconcilie... c'est une rupture qui
'recolle' les cassures. Incompréhensible croix. Scandaleuse
croix. La raison bégaie. La compréhension est elle-même
crucifiée.
Reste
la parabole... Elle ne livre pas une formule magique. Elle
ouvre du côté des convergences. Osons un recours à
la bande de Moebius... L'envers et l'endroit à faire coïncider.
Il faut faire violence à la bande, lui faire subir une
torsion, un retournement...
Concret absolu
Voilà
pour une approche de la compréhension. Ensuite il faut passer
de la parabole (qui reste à sa manière abstraite) au
concret absolu de la croix.
Le
dernier mot de la croix = amour, non pas le bel Eros mais Agapè
crucifié sous les espèces d'un corps sanguinolant, le
Christ crucifié...
Le mystique Johan Tauler
a compris cela. Cette croix, c’est le Christ crucifié. Il
doit nécessairement être enfanté en toi, en
traversant toutes les puissances de l'âme et du corps...
(Sermon III pour l’Exaltation de la Croix).
Le
Christ crucifié enfanté en toi... Tu ne peux plus
rien dire... Cet enfantement seul te révèle que cette
Croix te crucifie et te sauve en même temps.