Courbure de l’espace anthropologique
Il s'agit de l'espace épistémologique et pragmatique de l'humain qui est
identiquement son champ de gravitation. La théorie de la
relativité einsteinienne peut ici servir de paradigme. Un
champ de gravitation, donc une certaine courbure de l’espace,
c'est-à-dire ce qui fait que les choses ont tendance à
tomber toujours du même côté ou que les filets
d’eau épars se retrouvent finalement dans le large lit d’un
fleuve... Un champ de gravitation.
Comment définir une
telle courbure ? On sait que la géométrie
d’Euclide, c’est-à-dire la géométrie du
menuisier ou celle de nos perceptions habituelles, n’est qu’une
géométrie parmi d’autres géométries
possibles. Ce fut le mérite, au siècle dernier, de
mathématiciens comme Lobatchevski ou Riemann d’avoir établi
que toute géométrie commence par s’inscrire dans un
espace d’une certaine 'courbure’. L’espace euclidien postule
implicitement un espace à courbure nulle. Dans un tel espace,
d’un point pris hors d’une droite, on peut mener une seule
parallèle à cette droite et la somme des angles
intérieurs d’un triangle y est égale à deux
droits. Mais cette courbure ‘zéro’ n’est qu’une des
possibilités parmi d’autres possibles.
Soit un espace à
courbure ‘négative’, les parallèles ont tendance à
s’ouvrir, s’éloignant l’une de l’autre. A partir d’un
point pris hors d’une droite plusieurs parallèles peuvent
donc être menées et la somme des angles d’un triangle
est toujours plus petite que deux droits. Dans un espace à
courbure ‘positive’, par contre, les parallèles ont
tendance à se refermer et à se couper aux extrêmes.
Donc d’un point pris hors d’une droite il est impossible de mener
une parallèle à cette droite et la somme des angles
d’un triangle est toujours plus grande que deux droits.
La
‘courbure’ de l’espace 'religieux' est manifestement
‘positive’. Les parallèles se rejoignent toujours. Un
monde se totalise en clôture. Et la somme de cette totalisation
est toujours plus grande que...
La
courbure ’positive’ de l’espace piège en quelque sorte
tous ses contenus. Dans un tel espace l’infini ultimement se boucle
en finitude et la transcendance épouse la courbure de
l’immanence.
L'espace
de la foi est à courbure 'négative'. Les parallèles,
loin de se rejoindre, ont tendance à s’ouvrir. D’un point
pris hors de l’immanence, une autre droite, de nombreux vecteurs
même, peuvent courir à l’infini. La somme du
totalisable n’est jamais plus grande, souvent plus petite, que la
Totalité.